Liberation and Renunciation - 18 - 03

La Shloka

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त्याज्यं दोषवदित्येके कर्म प्राहुर्मनीषिणः ।

यज्ञदानतपःकर्म न त्याज्यमिति चापरे ॥

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Tiajiame doṣavaditiéké karma prahourmaniṣiṇaḥ.

Yajñadānatapaḥkarma na tiajiame-iti tchāparé.

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Signification / Résumé

Ce shloka met en lumière un débat fondamental dans la philosophie indienne concernant la nature du ‘karma’ (l’action) et la voie de la libération. Il présente deux écoles de pensée distinctes : l’une prônant l’abandon total de l’action en raison de ses imperfections inévitables (souvent associée au Sannyasa, le renoncement), et l’autre affirmant que certaines actions, en particulier celles de nature spirituelle et éthique comme le sacrifice, la charité et l’austérité, sont essentielles et ne doivent pas être renoncées. Le Bhagavad Gita, à travers Krishna, va plus loin en expliquant que ce n’est pas l’action en soi qui est le problème, mais l’attachement à ses fruits. Ainsi, le véritable renoncement (sannyasa) ou l’abandon (tyaga) ne consiste pas à cesser d’agir, mais à agir sans attachement aux résultats, en offrant ses actions à l’Absolu. Ce verset prépare le terrain pour l’explication détaillée de Krishna sur la nature du renoncement juste.

Certains penseurs sages affirment que toutes les actions devraient être abandonnées car elles sont intrinsèquement imparfaites, tandis que d’autres sages soutiennent que les actions de sacrifice, de charité et de pénitence ne doivent en aucun cas être abandonnées.

Ce verset décrit deux points de vue divergents parmi les sages concernant le renoncement à l’action. Certains pensent que toute action doit être abandonnée à cause de ses défauts inhérents, tandis que d’autres insistent sur le fait que les actions de sacrifice, de charité et de pénitence sont indispensables et ne doivent pas être renoncées.

Dans ce troisième verset du dix-huitième chapitre de la Bhagavad Gita, le Seigneur Krishna expose les diverses opinions des sages concernant la pratique du renoncement (Tyaga) et du Sannyasa. Le débat central porte sur la question de savoir si toutes les actions doivent être abandonnées ou si certaines actions, jugées pieuses et bénéfiques, doivent être maintenues. Le premier groupe de sages, mentionné par le terme ‘éke’ (certains), exprime la conviction que ‘karma’ (l’action) est ‘doṣavat’ (entaché de défauts) et doit donc être ‘tyājyam’ (abandonné). Ce point de vue est souvent associé à des écoles de pensée qui considèrent l’action comme une source de bondage et d’imperfection, suggérant qu’une véritable libération ne peut être atteinte que par la cessation de toute activité. L’idée est que toute action, aussi bien intentionnée soit-elle, porte en elle le potentiel d’erreurs, de conséquences imprévues ou d’attachement, conduisant ainsi à de nouveaux cycles de naissance et de mort. Le deuxième groupe de sages, appelé ‘aparé’ (d’autres), soutient une position contraire. Ils affirment que ‘yajñadānatapaḥkarma’ (les actions de sacrifice, de charité et de pénitence) ‘na tyājyam’ (ne doivent pas être abandonnées). Ces actions sont considérées comme fondamentales pour la purification de l’âme et le progrès spirituel. ‘Yajna’ (le sacrifice) ne se réfère pas uniquement aux rituels védiques, mais aussi à toute action effectuée avec un esprit d’offrande désintéressée. ‘Dāna’ (la charité) est l’acte de donner généreusement aux autres sans attendre de retour. ‘Tapaḥ’ (la pénitence ou l’austérité) implique la discipline et la maîtrise de soi pour atteindre des objectifs spirituels. Pour ce groupe de sages, renoncer à de telles actions serait préjudiciable au développement spirituel et à l’ordre cosmique. Ce verset met en scène la complexité du dilemme d’Arjuna face à l’action et au renoncement, préparant ainsi le terrain pour la résolution et les enseignements profonds que Krishna va délivrer sur la vraie nature du Sannyasa et du Tyaga dans les versets suivants.

La phrase - 1

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त्याज्यं दोषवदित्येके कर्म प्राहुर्मनीषिणः ।

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Signification

Certains sages déclarent que l’action (le devoir) doit être abandonnée, car elle est entachée de défauts.

Meaning of Words

त्याज्यं

tiajiame

à abandonner, à renoncer

Ce qui doit être abandonné, ce à quoi il faut renoncer. Cela implique une action ou un devoir qui, selon une certaine perspective, est considéré comme devant être laissé de côté.

दोषवत्

doṣavat

entaché de défauts, comme un mal

Littéralement ‘ayant des défauts’ ou ‘plein de fautes’. Cela décrit quelque chose qui est imparfait, vicié ou intrinsèquement problématique, comme si les actions étaient par nature porteuses d’imperfections ou de conséquences négatives.

इति

iti

ainsi, de cette manière (indique une citation)

Ce mot est utilisé pour introduire ou conclure une citation ou une déclaration, signifiant ‘ainsi’ ou ‘c’est ce que’. Il marque le début d’une pensée ou d’une opinion exprimée par d’autres.

एके

iéke

certains, quelques-uns

Désigne un groupe de personnes, ici des penseurs ou des philosophes, qui partagent une opinion particulière, distinguée de celle d’autres groupes.

कर्म

karma

l’action, le devoir, les activités

Le mot ‘karma’ est central dans la philosophie indienne. Il désigne l’action sous toutes ses formes - physique, mentale et verbale - ainsi que ses conséquences. Ici, il se réfère aux actions que les êtres humains sont censés accomplir dans le monde.

प्राहुः

prahoure

ils disent, ils déclarent

Forme verbale indiquant que c’est l’avis ou la déclaration de plusieurs personnes, en l’occurrence les sages mentionnés.

मनीषिणः

maniṣiṇaḥ

les sages, les penseurs, les hommes de sagesse

Ce sont des individus dotés d’une grande intelligence, de discernement et de sagesse, capables de comprendre les vérités profondes de l’existence et de guider les autres par leur connaissance. Leur opinion est souvent tenue en haute estime.

La phrase - 2

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यज्ञदानतपःकर्म न त्याज्यमिति चापरे ॥

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Signification

Alors que d’autres disent que les actions de sacrifice, de charité et de pénitence ne doivent pas être abandonnées.

Meaning of Words

यज्ञदानतपःकर्म

yajñadānatapaḥkarma

les actions de sacrifice, de charité et de pénitence

Ce terme composé regroupe trois types d’actions considérées comme pieuses et purificatrices dans la tradition védique : ‘yajna’ (le sacrifice rituel, l’offrande), ‘dāna’ (le don désintéressé, la charité envers les nécessiteux), et ‘tapaḥ’ (la pénitence, l’austérité, la discipline corporelle et mentale pour atteindre un but spirituel). Le ‘karma’ à la fin signifie que ce sont des ‘actions’ de ce type.

na

non, ne pas

त्याज्यम्

tiajiame

à abandonner

Même signification que ‘तयāजयṃ’ dans la première phrase : ce qui doit être abandonné. Ici, il est utilisé dans une tournure négative pour indiquer que ces actions ne doivent pas être abandonnées.

tcha

et

अपरे

aparé

d’autres

Désigne l’autre groupe de sages ou de penseurs qui ont une opinion divergente de celle exprimée précédemment. Il introduit une perspective opposée ou différente.